Le décret BACS s’inscrit clairement dans une volonté de rendre les bâtiments plus sobres et plus performants sur le plan énergétique. Toutefois, à la différence de certains cadres réglementaires, il ne fixe pas d’objectif chiffré unique en matière de réduction des consommations. Il privilégie une logique d’obligation de moyens, fondée sur la mise en œuvre de systèmes de pilotage, leur bon paramétrage et la qualité de leur exploitation dans la durée.
Néanmoins, les bénéfices associés à ce type d’approche sont aujourd’hui bien établis. Les études de référence, en particulier celles issues de la norme européenne EN 15232, montrent qu’un système de GTB performant permet généralement de générer des économies comprises entre 10 et 30 %. Dans les cas les plus favorables, notamment lors du passage d’un bâtiment faiblement piloté (classe D) à un niveau de pilotage avancé (classe A), ces gains peuvent atteindre jusqu’à 50 %.
Ainsi, au-delà de la seule conformité réglementaire, le décret BACS constitue un levier structurant pour améliorer durablement la performance énergétique des bâtiments.
Cependant, au regard de ces enjeux, une évidence s’impose : la simple installation d’un système de GTB, même performant sur le papier, ne suffit pas à garantir l’atteinte de ces résultats.
Au niveau des produits, il ne servira à rien de mesurer et de suivre les données de consommation énergétique si dès le départ, les produits sont plus ou moins énergivores. Et si les produits ne travaillent pas « ensemble », les économies d’énergie resteront un mirage…
Sur les différents sites où nous intervenons, force est de constater que les équipements ne fonctionnent pas toujours dans des conditions optimales. Cela est dû à des installations de mauvaise qualité, à une mauvaise mise en service/réglage et à un manque de logique de fonctionnement.
Selon des études récentes, jusqu'à 30 % de l'énergie est gaspillée en raison d'installations et de mises en service défectueuses, les produits ne fonctionnant pas, d'une manière ou d'une autre conformément aux instructions du fabricant. Il est important d'adopter une approche globale qui prend en compte tous les éléments CVC et intégrer un système de contrôle qui peut collecter, analyser des données et équilibrer les charges et les performances des unités.
La régulation prédictive
Pour en revenir au décret BACS, celui-ci vise avant tout les équipements CVC et le type de régulation : plus la régulation est prédictive, plus l’investissement sera forcément important, mais plus les gains financiers seront également substantiels… Par régulation prédictive, il existe d’ores et déjà des solutions très avancées, des outils qui peuvent prédire les changements dans le climat intérieur. Chez nous, cette « boule de cristal » s’appelle INSIDE Analytics. Son IA lui permet de prédire des changements jusqu'à neuf jours à l'avance. Il détecte les changements ou les problèmes futurs liés aux paramètres, tels que les fluctuations de température, l'augmentation des niveaux de particules dans l'air etc. Il recommande un certain nombre d’actions afin d'économiser de l'énergie et / ou améliorer la qualité de l'air intérieur tout en prenant en compte la façon dont les facteurs extérieurs affectent le bâtiment.
Les merveilles du sans-fil
Pour répondre aux exigences du décret, les moyens consistent donc à suivre, enregistrer et analyser les données de consommation énergétique et ajuster en temps réel la consommation des équipements en fonction des besoins.
Pour les bâtiments existants, à échéance 2030 (pour les installations d’une puissance nominale entre 70 et 290 kW), l'utilisation d'un système à débit variable ou en fonction de la demande réelle deviendra la norme, permettant de réaliser des économies d’énergie significatives. Or, pour installer ou rénover les systèmes de ventilation actuels, les aspects liés à l'installation de tous les câbles nécessaires posent de réels défis dans bien des cas. Mais il existe les merveilles du sans-fil ! Si je prends comme exemple le système climatique WISE (système fonctionnant à la demande) où tous les produits communiquent entre eux par radiofréquences, cette solution offre des avantages notables au niveau de l'installation : on s'affranchit des obstacles que constituent les murs, on réduit sensiblement le temps d’installation et on élimine le risque de mauvais branchements.
Si les solutions sans fil présentent aujourd’hui un coût d’acquisition généralement supérieur à celui des systèmes câblés, cette différence doit être analysée à l’échelle du coût global. En effet, les coûts liés à l’installation, à la maintenance et aux interventions de dépannage sont nettement réduits dans le cas d’une architecture sans fil, en raison d’une mise en œuvre simplifiée et moins intrusive.
Une étude récente, menée en collaboration avec des bureaux d’études et des installateurs, et basée sur l’analyse de devis issus de différents fournisseurs, met en évidence ces écarts. Elle montre notamment qu’un système climatique piloté à la demande, sans-fil, peut présenter un coût global inférieur d’environ 10 % par rapport à une solution à débit variable.
Ces gains s’expliquent en grande partie par une réduction significative des temps d’installation, ainsi que par une simplification des infrastructures nécessaires, notamment en ce qui concerne l’alimentation électrique et les systèmes de régulation.
La technologie sans fil apporte ainsi une flexibilité accrue, tant lors de l’installation initiale que, surtout, dans les contextes de rénovation ou de retrofit où les contraintes sont plus fortes. Elle ouvre également la voie à de nouveaux usages, en facilitant le déploiement de services innovants et évolutifs, difficilement envisageables avec des architectures traditionnelles.
Lorsque le sans-fil sera pleinement appliqué, la Terre entière sera transformée en un immense cerveau. (Nikola Tesla, inventeur et ingénieur, 1926).
Les capteurs d’ambiance
Bien entendu, les capteurs d'environnement intérieur jouent un rôle prépondérant pour mesurer des paramètres tels que la température, l'humidité, le CO2 etc. J’ai en tête The Edge à Amsterdam qui est l’immeuble tertiaire le plus écologique d'Europe (et certainement le plus intelligent), ayant obtenu le score de durabilité écologique de 98,36% dans la certification BREEAM : plus de 30 000 capteurs dans ce bâtiment sont connectés et accessibles par les occupants du bâtiment via des appareils intelligents. Le nombre de capteurs est plutôt impressionnant dans ce cas, mais sur de nombreux projets où nous avons fourni le système climatique WISE, le nombre de capteurs peut très vite grimper. Et plus le nombre d’équipements (sondes, thermostats, régulateurs) est important, moins élevé sera l’investissement initial: nous travaillons de plus en plus sur des projets équipés de notre système climatique WISE et nous avons calculé qu’à partir de 50 équipements, l’écart se creuse entre les deux systèmes, filaire et sans-fil. Au-delà de 200 équipements, le système WISE coûte 15% de moins qu'une installation filaire.
Au-delà de la technologie, reste l’humain
Il ne faut pas oublier que le gestionnaire a une influence considérable sur la consommation d'énergie des systèmes du bâtiment. Ces systèmes, s’ils sont mal installés, mal équilibrés, mal mis en service et mal entretenus consomment plus d'énergie. L'une des erreurs les plus courantes consiste à faire fonctionner simultanément les deux systèmes de chauffage et de refroidissement dans un bâtiment, avec des points de consigne qui se chevauchent, ce qui entraîne un gaspillage d'énergie.
D’après le dernier Observatoire national du déploiement des BACS du GIMELEC, un écart significatif subsiste entre le potentiel des systèmes installés et leur niveau d’exploitation réel. Dans de nombreux cas, les installations ne font pas l’objet d’une optimisation continue, faute de suivi, de réajustement ou d’appropriation par les utilisateurs, ce qui limite fortement les gains énergétiques attendus.
Pour répondre à cet enjeu, le cadre réglementaire a évolué : le décret BACS impose désormais une inspection périodique des systèmes de pilotage. L’objectif est clair : dépasser la simple logique d’équipement pour garantir, dans la durée, la pertinence des réglages, la qualité de fonctionnement et l’efficacité réelle des installations.
Pour autant, le retour d’expérience terrain reste contrasté. Après près de dix ans passés au sein du service technique de Swegon, force est de constater que la maintenance est encore trop souvent irrégulière ou inadaptée sur de nombreux sites. Dans ce contexte, les technologies sans fil ouvrent des perspectives intéressantes, en facilitant l’accès aux données, le suivi des installations et, à terme, la maintenance des systèmes.
Enfin, il convient de rappeler qu’il n’existe pas de solution universelle : les leviers d’économies d’énergie sont propres à chaque bâtiment. Une GTB performante, à elle seule, ne suffit pas. Les technologies, les logiciels et les équipements sont aujourd’hui disponibles ; l’enjeu réside désormais dans leur intégration cohérente, afin de garantir une interaction efficace entre les systèmes et une optimisation globale.
Dans cette démarche, un principe doit rester central : la performance énergétique ne doit jamais se faire au détriment de l’humain. Le bâtiment performant est avant tout celui qui offre un environnement intérieur sain, confortable et adapté à ses occupants.