Dans de précédents articles de blog (liens ci-dessous), nous vous avons expliqué pourquoi les émissions de carbone incorporé méritent une attention accrue et comment la circularité s'impose progressivement comme un élément central dans le secteur CVC. Grâce au programme nordique auquel nous prenons part, nous avons testé des modèles de flux circulaires sur des projets concrets. Caroline Jacobsson, Directrice Circularité chez Swegon, partage ici les principaux enseignements et réflexions sur les conditions nécessaires pour passer de projets pilotes à des pratiques circulaires déployées à grande échelle.
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Les bénéfices de la réemploi
Les bénéfices des pratiques circulaires, et en particulier du réemploi, sont considérables. Les équipements CVC reconditionnés présentent une empreinte carbone incorporée inférieure de 90 à
95 % à celle de produits neufs. Cependant, le réemploi reste encore limité dans notre secteur. Trop peu de produits sont aujourd'hui retournés dans les filières de reprise et de reconditionnement proposées par des fabricants comme Swegon, malgré une demande croissante pour ce type de solutions.
Les principaux freins sont le temps, les coûts et les compétences nécessaires au démontage, qui ne fait pas encore partie des pratiques standard. De plus, les bénéfices environnementaux profitent essentiellement aux acheteurs et aux installateurs, et non aux acteurs chargés du démontage et de leur remise sur le marché.
Tester l'ensemble du processus de reprise
Avec plusieurs partenaires du secteur, notamment Vasakronan, Skanska Sweden, Demontera et Lindab, réunis dans le cadre du Programme pilote nordique sur l'économie circulaire, nous avons lancé un projet très concret visant à tester le démontage d'équipements CVC destinés au réemploi et au reconditionnement. L'objectif était de mieux comprendre les obstacles à cette démarche. Une première question s'est rapidement imposée : le temps et le coût supplémentaires liés au démontage sont-ils réellement si importants qu'ils empêchent un déploiement à grande échelle ?
Le projet a permis d'étudier l'ensemble de la chaîne, depuis la planification initiale, la budgétisation et les inventaires jusqu'aux décisions de réemploi, au démontage, à la logistique, puis aux opérations de remise à niveau et d'assurance qualité.
Avec les partenaires du projet, plusieurs sujets clés ont été analysés:
- le coût du démontage comparé à celui d'une démolition classique;
- les compétences nécessaires;
- les moyens de garantir la qualité et la traçabilité;
- la répartition des responsabilités et des coûts entre les différents acteurs.
Ces éléments sont déterminants pour évaluer la pertinence d'un passage à grande échelle.
Initialement, le démontage devait être réalisé dans le cadre d'un projet de démolition à Stockholm. Toutes les préparations avaient été finalisées, mais le projet a finalement été annulé. Une nouvelle opportunité s'est ensuite présentée dans le sud de la Suède, où le démontage de diffuseurs d'air et de centrales de traitement d'air a été réalisé en collaboration avec Skanska Sweden et Boulevardfastigheter. Le site pilote, Galleria Boulevard, anciennement un centre commercial, fait actuellement l'objet d'une rénovation pour en faire un établissement d'enseignement. L'accent est mis sur le réemploi.

Les résultats du projet pilote
L'évaluation du projet a montré que plusieurs aspects se sont révélés plus positifs que prévu.
En faisant intervenir tôt les équipes chargées de l'installation, on a obtenu des inventaires plus précis et fiables. Les instructions ont été simples et illustrées. Cela a rendu le démontage des équipements plus facile pour les équipes sur le terrain.
Le propriétaire, les entreprises et les fournisseurs ont collaboré étroitement, ce qui a évité beaucoup de problèmes d'organisation.
Les équipements ont pu être nettoyés, remis à niveau, revendus et bénéficier de garanties équivalentes à celles de produits neufs. Plus important encore, le marché a manifesté un réel intérêt pour ces équipements.
Ainsi, le bilan du projet est globalement positif et même plusieurs points se sont mieux passés que prévu. Néanmoins, certaines difficultés subsistent. En effet, le réemploi est souvent intégré trop tard dans les projets, les rôles et responsabilités ne sont pas toujours clairement définis et certaines conditions préalables, comme la recherche anticipée de matériaux dangereux, sont parfois négligées.
Un effort supplémentaire limité
L'analyse des temps de travail a montré que l'inventaire peut être réalisé efficacement lorsque certaines conditions sont réunies, notamment la disponibilité des plans du bâtiment. Dans ce cas, le temps supplémentaire n'est que d'environ 10 minutes par étage. A contrario, en l'absence de plans, davantage de temps est nécessaire sur site : quelques minutes par pièce et environ 15 minutes par centrale de traitement d'air.
Concernant le démontage et le conditionnement des équipements, le temps supplémentaire par rapport à une démolition classique s'est révélé très faible :
- quasiment nul pour les centrales de traitement d'air ;
- Seulement quelques minutes supplémentaires pour les équipements des pièces, tels que les diffuseurs ou les silencieux.

Le principal enseignement est que le démontage en vue du réemploi n'entraîne pas nécessairement de surcoût, à condition qu'il soit prévu dès les premières phases du projet. En revanche, lorsqu'il est envisagé tardivement, après la désignation des sous-traitants, les coûts peuvent augmenter de manière significative.
Repenser les modèles économiques et les responsabilités
Le projet pilote nous a apporté de nombreuses réponses. L'une des principales conclusions est que le réemploi constitue moins un défi technique qu'une question de modèle économique et d'évolution des pratiques du secteur. Pour développer une véritable économie circulaire dans le CVC, plusieurs évolutions sont nécessaires :
- intégrer les exigences de réemploi dès la phase de préparation des appels d'offres ;
- clarifier les rôles des propriétaires, entreprises, installateurs et fournisseurs ;
- faire évoluer les mécanismes d'incitation afin de privilégier les matériaux réemployés plutôt que les achats systématiques de produits neufs ;
- reconnaître le démontage comme une étape créatrice de valeur dans la chaîne d'approvisionnement.
En résumé, les pratiques circulaires doivent être intégrées aux processus habituels des projets et ne plus être considérées comme des exceptions.
Passer du projet pilote à la pratique courante
Ce projet met également en évidence le rôle croissant que peuvent jouer les fabricants dans les filières circulaires. Les produits peuvent être repris, remis à niveau, contrôlés puis remis sur le marché pour une seconde vie par leur fabricant d'origine. Dans ce modèle, les produits réemployés deviennent aussi simples à sélectionner et à intégrer dans les projets que des produits neufs.
Le passage à l'échelle dépendra toutefois des mécanismes d'incitation. Aujourd'hui encore, le démontage est souvent perçu comme un coût supplémentaire sans création de valeur clairement identifiée. Or, le projet pilote démontre que cette perception n'est pas toujours fondée. Lorsqu'il est anticipé dès le lancement du projet, le démontage en vue du réemploi peut être mis en œuvre avec peu, voire sans coût supplémentaire.
Cette réalité mérite désormais d'être davantage prise en compte dans les modèles économiques et le pilotage des projets, d'autant que les produits réemployés offrent généralement des performances comparables à celles des produits neufs et peuvent bénéficier de garanties équivalentes.
Enfin, il est essentiel de considérer le démontage et la réinstallation comme deux processus distincts.
Le démontage destiné au réemploi ne relève pas de la démolition, et il est rarement possible d'affecter immédiatement les équipements démontés à un nouveau projet. Le processus nécessite un démontage soigneux, tandis que les fabricants doivent assurer le stockage des produits, leur remise à niveau et leur affectation aux futurs projets.
Les flux circulaires peuvent ainsi devenir une composante naturelle de la gestion des équipements CVC, mais cela suppose une évolution profonde des pratiques du secteur. Cette transformation ouvrirait la voie au réemploi à grande échelle des équipements CVC déjà installés.
Chez Swegon, nous poursuivons le développement de notre démarche RE:3, au sein de laquelle les activités RE:utiliser occupent une place centrale. Nous sommes prêts à jouer un rôle moteur dans la mise en place de filières circulaires pilotées par les fabricants et à accélérer le développement du réemploi des équipements CVC.